INTERVENTION DU BARREAU DE TIZI-OUZOU
Des difficultés rencontrées
par l'avocat dans l'exercice de sa profession
De toutes les professions libérales, la
profession d'Avocat est certainement l'une des plus anciennes et des plus
prestigieuses. Elle est, également, la plus médiatisée
et la plus crainte.
Ce n'est certainement pas le fruit d'un hasard
si les grands de ce monde, comme ceux des temps passés, appartenaient,
pour la grande majorité, à cette noble profession.
Considéré comme le Défenseur
des pauvres, de la veuve et de l'orphelin comme des riches, souvent présenté
comme le dernier rempart de la Liberté, l'Avocat paie cher
la contrepartie de cette notoriété.
En effet, critiqué par les Pouvoirs Publics pour son refus de
l'asservissement, décrié par le client pour qui il n'a pu
gagner le procès, jalousé par les autres catégories
libérales qui envient l'immunité que lui confère sa
Robe, l'Avocat évolue dans un environnement sans pitié qui
ignore souvent les mille et une difficultés qu'il rencontre dans
l'exercice de
sa noble profession.
Ces difficultés peuvent être
classées en deux grandes catégories : celles confinées
au plan national et celles rencontrées sur le plan international.
I - SUR LE PLAN NATIONAL
A) Difficultés rencontrées au
niveau de la clientèle :
- On a coutume de dire que le pire ennemi de l'Avocat est son client.
C'est hélas, une une réalité de tous les jours.
- Si le client est un citoyen modeste,
sans culture juridique, il ne cessera de harceler son Conseil à
tout moment, même au café, pensant, peut-être, que son
Avocat doit partager impérativement son angoisse et ses craintes
d'une mauvaise décision de Justice.
- Si ce client a un certain niveau de
culture ( il est cadre adminisitratif, médecin ou ingénieur
) il se croira obligé d'imposer à son conseil un système
de défense qu'il pense adéquat créant ainsi un malaise
certain dans leurs rapports.
- Si ce client est un organisme public
ou une société, il tentera inévitablement de tisser
des liens qui feront de son conseil un subordonné chargé
d'exécuter des ordres.
- Dans tous ces types de relation, il
est évident que la parade de l'avocat réside dans un seul
critère : garder sa liberté coûte que coûte et
agir en tant qu'avocat libre de toute dépendance et conformément
aux normes que sa déontologie lui impose.
B) Difficultés
rencontrées face à l'appareil judiciaire :
- Il est bien évident que le Greffe
judiciaire est le premier partenaire de l'Avocat et c'est à ce niveau
que ce dernier éprouve certaines difficultés nées
souvent de considérations extra-judiciaires, de malentendus ou même
d’un manque de formation et d’informations, parfois partagés par
les deux parties. Dans ces cas d’espèces, il est utile et nécessaire,
pour l’avocat de s’adresser aux responsables de son ordre.
Le second volet concerne les rapports Avocats-Magistrats.
Dans l’ensemble , il est constaté que es rapports sont positifs
avec les magistrats anciens et relativement aniens et marqués par
un respect réciproque. Par contre, avec la nouvelle génération
de Magistrats formée à l'Ecole Nationale de la Magistrature
sur la base d'une certaine idée (genre, " il faut vous méfier
des Avocats " ) il est coutume de constater la multiplication d'incidents
en tous genres.
- Il est évident que les réflexions
blessantes et parfois même diffamantes, qu'il est inutile de rappeler
dans le détail, soient abolies des salles d'audience plus particulièrement
et qu'un code de déontoligie commun aux Magistrats et aux Avocats
soit mis sur pied afin déviter , à l'avenir, tout dépassement
de quelque partie que ce soit et ce dans l'intérêt d'une bonne
administration de la Jutice sachant que les deux parties sont investies
de la même mission :
Servir la Loi et le Citoyen.
C ) Difficultés rencontrées au niveau de l'Administration
Fiscale :
- S'il est vrai que l'Avocat n'est pas indemne
de tout reproche dans ce domaine, il est également vrai que
le traitement réservé à l'avocat par l'administration
fiscale se distingue par une sévérité et une rigueur
nullement constatée par ailleurs au niveau des autres catégories
exerçant une profession libérale.
- Un exemple suffit à le démontrer
: c'est celui du taux de la TVA qui est de 17 % pour les avocats alors
qu'il n'est que de 7 % pour les professions médicales ! c'est comme
si l'avocat était un Nabab !
- Il est temps que notre profession ne soit plus
considérée comme une vache à lait et qu'une
formule soit trouvée qui serait plus en rapport tant avec la réalité
sociale et professionnelle qu'avec le devoir fiscal qui s'impose à
l'avocat.
II - SUR LE PLAN INTERNATIONAL :
Nul ne peut nier et tout le monde judiciaire a
pu le constater : l'Avocat Algérien brille par son absence sur la
scène internationale, ne serait-ce que par comparaison avec nos
Confrère Marocains et Tunisiens.
Alors que l'on remarque que ces derniers sont
pratiquement présents dans tous les rendez-vous professionnels initiés
çà et là dans le monde et qu'ils ont investi toutes
les Organisations Professionnelles Internationales ( U.I.A. -U.I.J.A. -U.A.
AF, U.I.A. AR. - U.J. MED. etc...), les Avocats Algériens
se singularisent eux par une absence de tous
les instants ?
Une problématique se pose : Pourquoi
ce désintrêt ? Est-il la conséquence d'une habitude
de se mouvoir en vase clos ou y a t-il d'autres facteurs qui expliquent
cette passivité ?
La réponse tient dans les deux raisons
:
- D'abord, il est évident que l'Avocat
Algérien cultive le sens de l'égoisme à l'excès
( il s'occupe de son Cabinet, de ses Affaires, de sa famille et pour
lui, la boucle est bouclée ).
Peu habitué aux affaires internationales,
il est très peut enclin à s'engager sur ce plan et préfère
la quiétude de l'environnement local. Il y a lieu de lui faire changer
cet état d'esprit. Et le développement accru des rapports
Inter-Barreaux ( convention de jumelage - Convention de coopération
etc.. ) ainsi que son adhésion et sa participation au Congrès
Internationaux peut l'aider à sortir de son ghetto.
Ensuite, et c'est peut-être là
que réside essentiellement le motif de sa passivité, l'Avocat
Algérien n'est pas aidé, sur la plan matériel, par
l'Etat dès lors qu'il éprouve les pires difficultés
à financer, sur le plan devises, toute tentative d'adhésion
ou participation à un évènement d'envergure internationale.
Si le Dinar Algérien était convertible, la question ne se
poserait pas mais il ne l'est pas et, dans ce cas, le concours des Organismes
Nationaux chargés de la
finance est nécessaire ( Fin. Ext. Banques etc... ) pour
permettre les opérations de change.
Enfin, il est temps que l'Etat Algérien
considère tout Avocat appelé à participer dans son
domaine à une manifestation internationale comme un Ambassadeur
de son pays ( comme c'est le cas de nos Confrères Marocains par
exemple ) et qu'il lui accorde un minimum d'intérêt
N'a t'on pas vu des délégations
d'Avocats Algériens participer à des congrès dans
tel ou tel Pays étranger sans que nos représentants officiels
accrédités dans ce Pays leur accordent la moindre considération
!
Il y va de l'intérêt du Pays
comme de la crédibilité Internationale de l'Avocat Algérien
à ce que cette situation change.
Le Bâtonnier
Smaïn CHELLAT
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